Instant décisif

Photographies : Isabelle R.

Menu »

Sur la photographie

Sur la photographie

La photographie est l'art du temps. Du temps suspendu. De l'instant qui s'évanouit. Pas seulement, pas tant l'instant décisif cher à Cartier-Bresson. Mais l'instant de vie qui est saisi avant de s'abîmer dans le néant. Le présent sans épaisseur.
La photographie est aussi l'art du réel. Pas seulement, pas tant le réel perceptible, mais le réel ressenti. La photographie est le seul art de l'image à entretenir un rapport aussi étroit avec le réel. Il y a une vérité de la photographie : dans cet instant réel et ressenti qu'on tente de saisir. Bien sûr la photographie est une représentation ; mais cette représentation, pour être photographique, doit tenter d'être honnête : de refléter un instant vécu, perçu, ressenti.
Il y a certes un mensonge de la photographie ; mais ce mensonge est photographique. Il diffère du mensonge de la peinture, qui est évident et revendiqué -par définition, la peinture fait œuvre de fiction.
Il y a un a priori de vérité dans la photographie ; il y a une suspicion de mensonge dans la peinture.
Il en va de la peinture comme des images numériques. La tentation est grande de fabriquer une belle image. Cette tentation, cette possibilité a toujours existé depuis l'origine de la photographie. Mais cela ne constitue aucunement une justification.
Avec le numérique, la retouche est à portée de main de quiconque. Mais une belle image n'est pas une bonne photo. Retoucher pour mieux refléter le ressenti de l'instant est légitime -comme pour pallier aux limitations de la technique.
Retoucher pour faire d'une photographie une belle image mais fictionnelle, qui n'a plus qu'une lointaine relation avec le ressenti de l'instant, est une trahison de l'essence de la photographie. Pourquoi choisir la photographie et non un autre art visuel si c'est pour fabriquer des images ?


Jamais la photographie n'est si forte que lorsqu'elle est elle-même.
La force poétique de la photographie, c'est son pouvoir d'arrêter le temps, en nous donnant à voir un réel révolu.
Le "ça a été".